L’IA en Bourse veut des preuves, pas des feuilles de route : vendredi l’a montré
La chute du Nasdaq vendredi n’est pas un échec de l’IA. Les investisseurs demandent enfin qui est payé pour les dépenses, et qui se contente de continuer à dépenser.
Image générée par IA
Pendant trois ans, annoncer un budget colossal dans l’IA suffisait à faire monter une action. Vendredi, le charme s’est rompu au grand jour. Est-ce le début de la fin du boom de l’IA, ou simplement le moment où le marché a appris à lire un tableau de flux de trésorerie ?
D’abord, les faits. Le Nasdaq a clôturé en baisse de 2,86 %, à plus de 8 % sous son record du début d’octobre, tandis que le S&P 500 a reculé de 1,82 % et le Dow Jones de 1,09 %, selon l’AFP reprise par Le Figaro. Certains médias ont fait état d’un Nasdaq proche de −3 % à certains moments de la séance, mais c’est le chiffre de clôture qu’il faut retenir. Le déclencheur a été une série de résultats: Alphabet a connu la veille sa pire séance de son histoire (−12,64 %), puis Amazon et Intel ont déçu vendredi. Intel a chuté d’environ 28,6 %.
La contagion est allée bien au-delà de ces deux groupes. Nvidia a perdu 4,22 %, AMD 10,88 %, Broadcom 5,48 % et Micron 5,30 %. Dell a lâché 10,80 % et HP 9,60 %. Reddit s’est effondré de 29,27 % après des résultats où, selon les observateurs, l’effet IA ne s’est pas vu. Même à Paris, des fournisseurs de centres de données comme Soitec et Schneider Electric ont reculé. Amazon a cédé près de 6 % à un moment, mais a fini en baisse de 1,41 %. Le marché l’a sanctionné, sans paniquer.
Le marché ne punit pas l’IA, il punit la facture
Regardez ce qui a vraiment été sanctionné. AWS a progressé de 39 %, un peu au-dessus des attentes, et Azure de Microsoft a créé une bonne surprise; Microsoft a à peine bougé. Amazon a pourtant trébuché, car ses dépenses d’investissement ont atteint environ 77 milliards de dollars sur le trimestre, contre environ 59 milliards attendus, selon BFM Bourse. Pour Deutsche Bank, une croissance plus rapide du cloud ne suffisait pas à apaiser les craintes liées à la hausse des investissements.
C’est là, selon nous, le cœur du sujet. La demande d’IA n’est pas en cause. La vraie question est de savoir si le retour arrive avant que le financement ne devienne coûteux. Le directeur général, Andy Jassy, a déclaré qu’Amazon dépenserait nettement plus en 2027, et un stratège de Lombard Odier a rappelé qu’une entreprise qui dépense plus qu’elle ne gagne doit combler l’écart par de la dette ou des actions. L’exemple qu’il a cité est l’augmentation de capital de Meta, qu’il a chiffrée à 97,5 milliards de dollars, la plus importante de l’histoire. Quand une entreprise commence à vendre des actions pour financer ses ambitions dans l’IA, le récit passe de « nous investissons » à « nous avons besoin de votre argent », et les investisseurs le remarquent.
Le boom fait l’objet d’un tri, pas d’un enterrement
David Miller, de Catalyst Funds, a décrit un fossé grandissant entre les entreprises qui monétisent efficacement l’IA et celles qui ne peuvent pas justifier leurs investissements colossaux. Nous pensons que c’est le bon cadre de lecture, et il est moins apocalyptique que les titres. Les marchés n’abandonnent pas un thème: ils l’auditent.
Notre lecture: les gagnants probables sont les groupes chez qui l’IA se traduit par des lignes de revenus bien identifiables, comme une croissance du cloud supérieure aux dépenses ou des produits que les clients paient. Les perdants probables sont ceux dont l’argument tient surtout à la taille du budget. C’est une opinion, pas une prévision chiffrée, et Barclays lui-même affirme que le débat sur la capacité des rendements à justifier les dépenses ne sera pas tranché de sitôt. Personne ne devrait prétendre connaître la réponse après un seul mauvais vendredi.
Ne voyez pas dans chaque bougie rouge un verdict sur l’IA
Une partie des dégâts de vendredi n’avait pas grand-chose à voir avec l’IA. L’effondrement d’Intel vient en grande partie de la faiblesse du marché des PC, avec une pénurie mondiale de mémoire qui fait monter les prix et baisser la demande, ainsi que de problèmes d’approvisionnement dans son activité de centres de données. Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown, a dit que le marché était dans un état d’esprit où l’on vend d’abord et pose les questions ensuite, et que l’avertissement d’Intel avait fourni aux investisseurs un prétexte commode pour prendre des bénéfices sur les valeurs des puces. Ajoutez un Vix à son plus haut depuis avril, et vous avez un marché déjà nerveux, en quête d’une raison.
Notre conseil: méfiez-vous de quiconque déclare la bulle éclatée, ou la baisse une aubaine, sur la base d’une seule journée. Aux prochains résultats, surveillez deux chiffres: la croissance des revenus liés à l’IA et le flux de trésorerie disponible. Si le premier progresse plus vite que le second ne recule, le récit tient. Sinon, le marché continuera de réclamer des preuves, et il aura raison.
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