Les 480 milliards de dollars envolés de l’IA chinoise ne sont pas qu’une affaire chinoise
L’effondrement du STAR 50 ne prouve pas que l’IA est du vent. Il montre ce qui arrive quand valorisation, concentration et positions surchargées s’additionnent, des ingrédients présents ailleurs.
Image générée par IA
La bulle de l’IA est-elle réelle, ou est-ce la mauvaise question ? La Chine vient d’offrir au marché une raison très coûteuse d’en poser une meilleure: qui va, au juste, se retrouver avec les pertes sur les bras ?
Les faits sont simples. Comme le résume 247WallSt à partir d’informations de Reuters, le STAR 50, l’indice shanghaïen des entreprises d’IA et de puces, a reculé de 40 % depuis son sommet de juillet. Cela a effacé environ 480 milliards de dollars de capitalisation en quatre mois à peine. Des valeurs comme Unitree, fabricant de robots humanoïdes, ou MetaX et Moore Threads, concepteurs de GPU, ont perdu environ la moitié de leur valeur.
Il faut bien voir ce que représente ce chiffre: une perte latente sur un indice. Quelqu’un qui a acheté avant la flambée de l’été peut encore être gagnant, tandis que ceux qui ont acheté en juillet et en août ont encaissé le pire. Cette distinction compte davantage que le gros titre.
La leçon porte sur la structure, pas sur l’IA
Personne de sérieux ne devrait y lire « l’IA ne fonctionne pas ». Ce qui s’est effondré, c’est le prix que les investisseurs ont payé pour elle, pas la technologie. Le ratio cours/bénéfice du STAR 50 a atteint près de 250 et, selon des chiffres rapportés par Trending Topics et cités par 247WallSt, se situe encore autour de 100, contre environ 30 pour le Nasdaq 100. L’article ne précise pas s’il s’agit de bénéfices passés ou anticipés; cette comparaison ne vaut donc que comme ordre de grandeur approximatif.
Vient ensuite la concentration. Goldman Sachs estime que les valeurs d’IA représentent 42 % de la capitalisation boursière chinoise et 57 % des volumes échangés. Quand une seule thématique pèse autant, une bulle n’est plus un problème sectoriel: c’est un problème de marché national. À notre avis, c’est là le vrai sujet: le krach a fait mal parce que cette thématique avait avalé tout le marché.
Pékin semble l’avoir vu venir, et c’est là le plus dérangeant
Selon les mêmes informations s’appuyant sur Reuters, des investisseurs soutenus par l’État ont vendu pendant les phases de hausse, ce qui ressemble à un signe que les autorités voulaient refroidir l’emballement. Un gérant de fonds cité par Reuters, Dong Baozhen, a été sans détour: « Le marché boursier a ensuite viré à un taureau fou et spéculatif. Et maintenant, nous voyons la bulle éclater. »
C’est selon nous le détail sur lequel les investisseurs occidentaux devraient réfléchir. La Chine dispose d’un arbitre visible, capable de peser contre un emballement. Les États-Unis n’en ont pas, et personne ne va vendre dans les hausses du Nasdaq au nom des particuliers. Si une correction survient, elle arrivera sans doute avec moins de freins à la hausse et moins d’amortisseurs à la baisse.
Qui est exposé aux États-Unis ? Moins que ne le suggère la panique, plus que ne le laisse croire le confort
Le contraste entre les chiffres est frappant. Le principal véhicule américain pour cet indice, le KraneShares STAR 50 ETF (KSTR), a perdu 42,63 % entre la clôture du 30 juin et la mi-journée du 28 octobre. Sur la même période, l’Invesco QQQ a reculé de 1,9 % et affiche encore une hausse de 17,6 % cette année. Même thématique, résultats radicalement différents. D’autres analyses situent le Nasdaq environ 6 % sous son record, ce qui est une bosse, pas un effondrement.
Mais la liste de contrôle de 247WallSt est pertinente: valorisations extrêmes, concentration sur une seule thématique, positions surchargées. Les États-Unis en connaissent des versions plus douces. Nvidia représentait à lui seul 7,6 % de l’actif net du QQQ fin juin. Notre lecture: le marché américain n’est pas une copie de Shanghai, mais il n’est pas non plus à l’abri de la même arithmétique. Une concentration sans hausse des bénéfices, c’est exactement ce que Shanghai vient de sanctionner.
Les résultats des géants de la tech cette semaine deviennent donc le véritable examen de suivi. Un premier indice: Business Insider rapporte que Microsoft a réduit de 5 milliards de dollars sa prévision d’investissements dans l’IA pour 2026, à 170 milliards, alors même que le chiffre d’affaires d’Azure s’envole. Nous ne tirerions pas trop de conclusions d’une seule révision. Mais c’est le genre de signal à surveiller: plans de dépenses contre revenus, pas slogans contre slogans.
Que faire de tout cela
Notre verdict: ne prenez pas la Chine pour une prophétie, utilisez-la comme une liste de contrôle. Si vous détenez un fonds mono-pays et mono-thème, vous venez de voir avec quelle violence il peut osciller. Si vous détenez un indice large, vérifiez quelle part y occupent, discrètement, les mêmes quelques valeurs liées à l’IA. Morgan Stanley, d’après Yahoo Finance, s’attend à ce que les actions chinoises cotées hors de Chine reculent encore de 10 % à 15 % avant de toucher le fond, ce qui est une prévision, pas un fait.
L’IA peut être réelle et pourtant surévaluée. Ces deux affirmations tiennent dans la même phrase, et plus vite les investisseurs cesseront de les opposer, moins ils auront besoin de leçons à 480 milliards de dollars.
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